• Décryptage
  • Ecrit par Guillaume Captier

La Vénus d’Urbin ou l’annonce
faite à Giulia

La Vénus d’Urbin, célèbre tableau de la Renaissance, est une commande de Guidobaldo Della Rovere, futur duc d’Urbin, faite au Titien (1488-1576) à une époque où les provinces italiennes : Florence, Venise, Urbino, Mantoue, Milan... rivalisent de créativité artistique pour exprimer leur puissance.

Que donne à voir ce tableau ?

Une femme, Vénus, alanguie, nue sur un canapé. En arrière-plan deux femmes s’affairent. Mais derrière les apparences, ce tableau à code qui masque sa finalité, dévoile une érotique manifeste plus qu’audacieuse portée par une composition dont l’organisation révèle sans ambiguïté la précision du sujet.

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La Vénus d’Urbin (1538)-Le Titien (Galerie des Offices à Florence)

Les choses sont donc claires. Mais la charge érotique de ce tableau, plus qu’au sexe en lui même, tient dans le mouvement imprimé par la main gauche de cette Vénus qui derrière une apparente pudeur, rend en fait public une masturbation féminine que son regard langoureux nous invite à rejoindre.

Mais de quoi s’agit-il ?

Selon l’historienne de l’art Rona Goffen, la science au XVIe siècle avançait que les femmes ne pouvaient être fertilisées qu’à l’instant de leur jouissance. On leur suggérait donc de se masturber avant le coït pour avoir un enfant.

Mais qui est cette Vénus ?

La femme du commanditaire ? Ce qui en ferait, comme le propose Erwin Panofsky, un tableau de mariage a posteriori, ou comme le suggère l’historien d’art Daniel Arasse, une pin-up, simple objet de désir, double page de Playboy avant l’heure ?

Compte tenu de l’histoire, des détails présents et de leurs symboliques, avançons qu’il s’agit en fait d’une annonciation d’un genre osé dont l’œuvre en reprend les principaux codes.

Explication

Guidobaldo Della Rovere s’est marié en 1534, soit 4 ans avant la commande de ce tableau, avec une jeune fille de 11 ans (Giulia Varano) et l’on peut raisonnablement penser que le mariage n’a pas été immédiatement consommé.

Mais en 1538, la chose est faite. Ce tableau en relate l’épisode laissant augurer l’arrivée d’un heureux évènement.

Le bouquet de roses dans la main droite de Vénus nous raconte symboliquement l’enfance, l’innocence et la confiance à ceci près qu’un bouton s’en est détaché diffusant la couleur de la passion sur un matelas initialement bleu, couleur de la vertu, de la pureté et de la Vierge. Un peu plus haut se dévoile le petit ventre rond de Vénus. En arrière-plan on découvre cette servante qui retrousse ses manches, vêtue d’une robe de la même couleur rouge, projection vraisemblable d’un travail de sage femme.
Et puis il y a le myrte sur le bord de la fenêtre qui évoque Vénus et l’amour, et le petit chien au pied de sa maîtresse qui symbolise la fidélité.

L’esprit de l’Annonciation tient à des codes spécifiques de ce genre de tableau :

1. Une scission en deux parties (droite/gauche) sensiblement égales
2. Des colonnes ou piliers, symbole de la présence divine ;
3. Une présence de végétation en arrière-plan (Eden) ;
4. Une porte/passage (symbole du lieu de passage entre deux états, deux mondes, le connu et l’inconnu, l’avant et l’après).

Et si le modèle choisi par Guidobaldo Della Rovere est dans la vraie vie une courtisane déjà peinte par le Titien (La Bella 1537), ce qui pourrait lui conférer un rôle de pin-up et non sa propre femme, c’est qu’aucune italienne de « condition », mariée de surcroît, n’aurait accepté qu’on la peigne nue tant cela eut été incompatible avec son rôle dans la société.

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La Bella (1537) -Le Titien- (Palazzo Pitti, Florence)
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