• Dialogue
  • Ecrit par Sophie Lofi

ART : que vaut notre avis ?

Devant « Kaputt » de Maurizio Cattelan, deux avis divergent. 
Quel est le vôtre ?


Pierre, admirateur du plasticien italien, salue l’impact de l’œuvre. Il y voit la représentation de la folie du monde, d’une humanité condamnée au même titre que toutes les espèces domestiquées, dont le cheval est un emblème. Cette œuvre va droit au but pour dire à l’homme qu’il va droit dans le mur.


Jean refuse de se laisser aller à de telles interprétations. Ces chevaux emmurés, il les juge aussi gratuits (qualificatif mal choisi au regard de la côte actuelle de Maurizio) que choquants (un choc provoque la suspension du jugement). 
Pour lui : « tout ça, c’est du grand n’importe quoi ! ».

Le débat sur la valeur artistique de cette oeuvre reste serein car les deux amis s’accordent rapidement sur un point : “chacun ses goûts”.
 C’est alors que Socrate intervient. 
Pierre et Jean ne le reconnaissent pas.

Socrate tente de comprendre

Socrate : Seriez-vous deux disciples de Protagoras le sophiste ou de Gorgias 
le sceptique ?
Pierre (surpris) : comment ?

Socrate : vos jugements m’impressionnent autant que les leurs...

Jean (flatté) : ah oui !
Socrate : je suis impressionné car chacun de vous semble être la mesure de la valeur de cet objet

Pierre (circonspect)  : de la valeur de cet objet ?

Jean (plus affirmé) : de sa valeur à nos yeux en tout cas

Socrate : de sa valeur à vos yeux ou à votre pensée ?

Jean : ne jouez pas sur les mots... de la valeur de ce que nous ressentons en observant cet objet
Socrate : et pour dire sa valeur, peu importe que vos jugements soient différents ou opposés ?
Pierre : ce qui compte, c’est de pouvoir exprimer son ressenti, son opinion
Socrate : c’est cette opinion, ce ressenti, qui fait la valeur, ou pour le dire avec un mot à moi, la vérité de cet objet...

Jean : oui, c’est ça 

Socrate  : il y a donc autant de vérités qu’il y a d’opinions, de ressentis…


Socrate va jusqu’au bout du raisonnement

Socrate s’approche du visage des deux amis, les prend par les épaules et leur murmure à l’oreille


Socrate : mes amis, comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Jean : très bien, pourquoi ?
Socrate : imaginez que chacun de vous se sente malheureux, triste, déprimé, son ressenti ne serait-il pas différent ?

Pierre et Jean (desserrant l’étreinte) : c’est possible

Socrate  : mais cet objet, lui, aurait-il changé ? 

Pierre & Jean : ???

Socrate : pensez-y mes amis. Un monde sans vérité propre est un monde exclusivement composé d’apparences changeantes, incertaines et subjectives

Jean : et alors ?


Socrate : alors si un objet d’art ne détient aucune propriété en propre, il ne se distingue d’aucun autre objet
Pierre (malicieux) : et donc ?

Socrate : donc s’il est impossible de le distinguer, tous les objets peuvent se qualifier « œuvre d’art ». Et quand tous les objets peuvent se qualifier « œuvre d’art », plus aucun objet ne peut se dire « œuvre d’art »
Pierre : où voulez-vous en venir ?

Socrate : mes amis, si aucun objet ne peut se dire « œuvre d’art », ces objets n’existent pas. Dans ce cas, je ne comprends pas ce que vous êtes venus faire dans cet endroit.
Jean et Pierre : pourquoi ?
Socrate : n’êtes-vous pas venus ici pour voir des œuvres d’art ?

Note

Au Vème Siècle avant J-C, Socrate arpentait les rues d’Athènes. Il abordait les passants, affirmant qu’il ne savait qu’une chose, c’est qu’il ne savait rien. Il attendait d’eux qu’ils lui apportent quelque savoir. Mais ces interlocuteurs étaient aussi ignorants que lui. L’opinion qu’ils avaient sur les choses leur suffisait. Pour les mettre face à leurs contradictions et les faire accoucher d’un désir de penser, il créa une forme particulière de dialogue : la maïeutique (accouchement en grec). Pour découvrir l’essence propre des choses (leur Vérité), et savoir la formuler par le moyen d’une expression claire et précise, il fallait passer par une pratique plus exigeante : la dialectique. Ici, la pensée s’éclaire par le moyen d’un dialogue contradictoire et exige une conscience élevée de soi-même.

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